Municipales: le PS et le désistement républicain edit

13 March 2026

Le Parti socialiste a acté, lors de la récente réunion de son Conseil national, son refus d’un accord national avec LFI aux élections municipales, « compte tenu de l’inquiétante dérive de la direction de ce mouvement » et des « caricatures complotistes et de propos antisémites intolérables » de Jean-Luc Mélenchon. Olivier Faure, le Premier secrétaire du parti, avait déclaré auparavant : « Le fait de renouer avec des troupes antisémites qu’on pensait inimaginables à gauche a été pour nous le franchissement de l’inacceptable. Est antifasciste celui qui combat le fascisme, pas celui qui en réutilise les ressorts les plus dangereux. »

Pourtant, malgré ce « franchissement de l’inacceptable », la direction du parti n’a pas fermé la porte à d’éventuels accords entre le PS et LFI au second tour de ces élections : « Si le risque de victoire du Rassemblement national existe, une règle s’impose : celle du désistement républicain ».

Mais qu’aurait de républicain un désistement en faveur d’un mouvement dont le chef tient des « propos antisémites intolérables » et qui combat le fascisme en en réutilisant « les ressorts les plus dangereux ? » Les tergiversations tactiques soulèvent une question de fond, que les socialistes ne peuvent plus esquiver : LFI est-il un parti républicain ? De nombreux traits de ce mouvement permettent d’en douter fortement.

Un parti antirépublicain

La gauche républicaine est en France une gauche parlementariste. Elle est attachée au principe de la représentation, à l’État de droit et aux grandes libertés. Jean-Luc Mélenchon et son parti ne le sont pas. Mélenchon, en disciple assumé de Robespierre qui dénonçait « la perfide tranquillité du despotisme représentatif », estime que les députés sont des suspects par principe. Pour un peu ils seraient des privilégiés. Rappelons que l’Incorruptible, tout en appelant le peuple à imposer à la Convention sa volonté une, a été à deux doigt d’établir sa dictature sanglante. Il savait très bien que le maintien de l’illusion d’une volonté générale du peuple ne pouvait déboucher que sur la dictature du seul homme capable de l’interpréter et de l’appliquer, c’est-à-dire lui-même. Mélenchon le sait très bien, lui aussi. C’est la raison pour laquelle il entend soumettre ou détruire la classe politique parlementaire.

C’est même un objectif explicite. En décembre 2021, le groupe LFI à l’Assemblée a déposé une proposition de loi introduisant un nouvel article 77‑1 dans la Constitution instituant un droit de révocation populaire par la méthode du référendum d’initiative citoyenne. Ce projet comportait en particulier l’interdiction pour les députés sortants de pouvoir siéger dans la nouvelle assemblée constituante, un moyen commode de se débarrasser de la classe politique actuelle, comme l’avait fait Robespierre en interdisant aux élus sortants de la Législative d’être candidats à la future Convention. Il propose également la suppression de l’article 49.3 qui seul permet d’établir un parlementarisme rationnalisé, comme l’on vient de le voir une fois encore. L’exposé des motifs de cette proposition de loi proclame très clairement l’illégitimité du régime représentatif : « L’instauration d’un droit de révocation des élu.es part d’un constat simple : les institutions de la Ve République ont vécu. La faiblesse et le paradoxe du régime de la Ve République repose en partie sur son article 3, disposant que « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par la voie de ses représentants et par la voie du référendum […] aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice » mais dépossédant pour autant les citoyen.nes de leviers d’interventions autres que le simple vote pour désigner leurs représentant.es. »

Cette volonté de détruire la démocratie libérale s’exprime dans l’enceinte de l’Assemblée nationale où LFI s’efforce de saboter le fonctionnement régulier du Parlement. Brouhaha continu pour couvrir la voix des intervenants, déposition de milliers d’amendements aux projets en discussion, déposition systématique de motions de censure, avant même parfois la présentation des textes, tactique de blocage, rejet de toute alliance parlementaire qu’elle ne dominerait pas, sans compter les injures proférées. La députée LFI Rima Hassan a ainsi traité le président du Sénat d’« ordure ». Notons en passant que le leader du parti n’a aucun mandat électif, ce qui traduit un certain mépris du parlementarisme.

Cette stratégie antiparlementaire se double d’appels à l’insurrection populaire et de tentatives de mobilisation de la rue. Souvenons-nous du député LFI, Adrien Quatennens, appelant en 2024 à des marches populaires sur l’Élysée pour chasser le président de la République. Jean-Luc Mélenchon porte une lourde responsabilité politique dans le développement dans notre pays d’un climat de violence, comme l’a montré l’épisode dramatique de la mort de Quentin Deranque tabassé à mort par des militants de l’appendice activiste de LFI, la Jeune Garde, un groupe qu’il a pris sous son aile et qu’il a toujours défendu publiquement. Au lendemain du drame du 12 février dernier, il pouvait déclarer que son parti s’était « délibérément rapproché » de La Jeune Garde. « Nous ne nous sommes pas cachés, nous admirions ces jeunes gens. Nous gardons pour eux une grande affection. Même si nous ne sommes pas d'accord », ajoutait-il.  LFI est un parti dangereux pour la démocratie et qui attise la violence, c’est ce que pensent les trois-quarts des Français.

Des choix et des valeurs

L’examen des positions de LFI et de son chef au niveau international confirme leur préférence pour les régimes autoritaires. Leur attitude sur la guerre en Ukraine a été, dès le début, calquée sur celle de la Russie poutinienne, faisant porter la responsabilité du conflit sur la seule Ukraine. LFI n’a jamais condamné l’invasion russe. Mélenchon a déclaré en 2025 : « « Trop tard maintenant. Poutine a gagné la guerre », répétant mot pour mot l’argumentaire poutinien : « Le départ de Zelensky est la condition de l’accord. » Au Parlement européen LFI a toujours voté contre l’aide à l’Ukraine ou s’est abstenue. Le 12 mars 2025, le groupe LFI a voté seul, à l’Assemblée nationale, contre la signature d’un accord bilatéral entre Paris et Kiev.

En se situant dans le camp poutinien contre l’Union européenne, et, plus largement, en s’opposant à la construction européenne, LFI confirme au niveau international la position antiparlementaire qu’elle occupe dans la politique française. On sait l’admiration que Jean-Luc Mélenchon a toujours portée au régime chaviste et l’on se souvient de ses larmes à l’enterrement du dictateur vénézuélien. Il voyait dans ce régime une source d’inspiration et « l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste ». Condamnant l’enlèvement récent de Maduro sans critiquer la faillite de son régime, il a déclaré : « Il n’y a pas de bonne invasion, il n’y en a que des mauvaises. Aucun prétexte n’autorise une nation à envahir son voisin et encore moins s’il prétend le faire pour y régler les problèmes qui s’y trouvent. » Il reproche ainsi à Trump de ne pas respecter le droit international, un non-respect qu’il n’a jamais évoqué à propos de l’invasion de l’Ukraine par Poutine. LFI a soutenu également les positions extrêmes du Hamas à propos d’Israël. Rima Hassan, députée LFI, a ainsi déclaré : « Nous, ce qui nous intéresse c’est une libération totale du Jourdain à la mer », ce qui signifie la disparition d’Israël. Elle avait déclaré auparavant : « le Hamas a une action légitime du point de vue du droit international. » En revanche LFI est hostile à l’Union européenne. Au Parlement européen, ses élus sont inscrits au groupe la Gauche-GUE/NGL qui comprend de petits partis d’extrême-gauche, notamment Die Linke, héritier en droite ligne du Sozialistische Einheitspartei Deutschlands (SED), parti unique ayant pendant quarante ans dirigé la RDA, et le Parti communiste portugais qui a voté contre la résolution de soutien à l’Ukraine. Quant aux raisons du soulèvement de la population iranienne qui a abouti au récent massacre de plusieurs milliers de personnes, LFI n’y voit qu’une « lutte contre la vie chère ».

La République c’est également la laïcité or LFI ne défend plus les valeurs universalistes de la gauche républicaine, cultivant désormais une idéologie islamo-gauchiste qui l’a amené à faire un « pacte faustien » implicite avec les islamistes avec pour conséquence l’indulgence pour la haine des juifs.

Un parti républicain c’est un organisme collectif. Or LFI est un « parti personnel » dirigé d’une main ferme par son chef tout puissant, sorte de lider maximo. Un parti au comportement sectaire, qui pratique régulièrement des purges pour se débarrasser de ses opposants internes. Mélenchon a démarré sa carrière politique chez les trotskistes lambertistes et il est demeuré fidèle à la formation qu’il y a reçue malgré son passage ultérieur au Parti socialiste. Il est l’homme du chaos. L’éthique et la civilité républicaine lui sont étrangères.

Enfin, un parti républicain ne déposerait pas une motion de censure dont il sait qu’elle ne sera votée que par le parti d’extrême-droite. Bref, on ne voit pas bien ce qu’aurait de républicain ce désistement.

Désistement républicain et fusion technique

La formule du désistement républicain est, de toutes manières, rejetée par LFI qui propose en échange celle de la « fusion technique », affirmant par la voix de Paul Vannier (député du Val-d’Oise et membre de la coordination nationale en charge des élections) que « la tradition à gauche c’est le rassemblement au second tour, pas le désistement. Il se fera à nos conditions, même si nous ne sommes pas premiers ». L’une de ces conditions consistera pour la tête de liste socialiste à s’engager à voter au second tour de la présidentielle pour le candidat LFI dans le cas d’un hypothétique duel face à un candidat RN. La tête de liste devra aussi « accepter l’autonomie politique des composantes du rassemblement » et « la représentation proportionnelle des électeurs de premier tour dans la composition de la nouvelle liste ». Manuel Bompart a déclaré de son côté« On n’est pas toujours d’accord sur les propositions programmatiques qui sont faites, et donc ça veut dire qu’on ne s’engage pas à participer à la gestion de la ville aux côtés des autres. Mais ça veut dire qu’on organise en quelque sorte un front antifasciste au second tour de l’élection. C’est le principe de ce qu’on a appelé “fusion technique” ».  

On comprend que LFI préfère la fusion au désistement car le PS est des deux partis celui qui retirerait le plus grand avantage du désistement. Mais sa position est stupéfiante dans la mesure où une liste résultant d’une fusion au second tour pourrait ainsi inclure des membres qui ne seraient pas d’accord sur le programme ni ne seraient prêts à participer à la gestion de la commune. Les socialistes ne peuvent pas accepter un tel système. Il est donc peu probable que désistements ou fusions techniques soient opérés dans un nombre significatif de communes. Heureusement, car dans le cas contraire la seule justification de telles ententes apparaîtrait alors crûment : l’âpre désir de conserver son siège.